Assyrian Eponyms (limmu)

Introduction

On traduit généralement par "éponyme", le terme akkadien limmu, qui désigne un dignitaire donnant son nom à l'année en cours. Le système des éponymes est une institution typiquement assyrienne. En place à Aššur dès le début du IIe millénaire, il permet de désigner les différentes années de règne d'un souverain. L'éponyme est alors peut-être désigné par un tirage au sort, pûru, au sein des familles de notables d'Aššur.

L'éponyme en fonction et ses prédécesseurs siègent dans le bît limmi, maison des éponymes, également nommé bît âli, hôtel de ville, où ils représentent les intérêts des grandes familles dont ils sont issus.

Éponymes paléo-assyriens
Cet organe de pouvoir est très peu documenté car les niveaux paléo-assyriens d'Aššur n'ont pas été retrouvés. Néanmoins les archives privées des marchands assyriens installés à Kaniš, en Asie Mineure, éclairent certaines activités des éponymes à Aššur. Ceux-ci sont impliqués dans le commerce, tout comme une grande partie de la population d'Aššur à cette époque, ils exercent un monopole sur les produits de luxe, collectent certains impôts comme la taxe d'exportation et perçoivent les amendes.

Les éponymes d'Aššur au début du IIe millénaire sont connus non seulement par les "textes de la pratique" (textes juridiques, administratifs ou économiques) qui utilisent leur nom en guise de datation, mais également par des listes, les Chroniques éponymales, qui énumèrent les dignitaires qui se sont succédé pour donner leur nom à une année. Les Chroniques éponymales de Mari, appelées également Chroniques "assyriennes", connues par plusieurs fragments découverts dans le palais de cette ville, résument, à côté du nom de l'éponyme, un événement important de l'année. Grâce à ce texte, qui débute avant le règne de Samsî-Addu, il est possible d'établir une chronologie relative des événements qui ont marqué le règne de ce souverain. Ce document s'intéresse à l'histoire de la famille royale, à des fins sans doute religieuses.

Des listes des éponymes d'Aššur ont également été récemment découvertes à Kaniš, la plus complète ayant été exhumée en 1992 dans la maison d'un marchand. Cette nouvelle chronique, intitulée Kültepe Eponym List (KEL) par son découvreur, K.R. Veenhof, débute avec la montée sur le trône du souverain Erišum Ier, aux environs de 1974 av. J.-C., et donne les noms de 129 éponymes qui se sont succédé pendant la période II du kâru de Kaniš, ainsi que les noms et durées de règne des cinq souverains paléo-assyriens qui ont occupé le trône pendant cette période : Erišum, Ikûnum, Šarru-kîn, Puzur-Aššur II et Narâm-Sîn. Cette découverte permet de reconstruire la chronologie interne de cette période et de mieux cerner les activités des éponymes pendant et après leur "mandat". En ce début du IIe millénaire, les éponymes d'Aššur sont mentionnés également dans les textes de Chagar Bazar, Šubat-Enlil, Alişar, Hattuša et Mari.
On trouvera ici une liste des éponymes paléo-assyriens.

Éponymes médio-assyriens
Les éponymes de la période médio-assyrienne sont moins bien connus, même si une liste, très lacunaire, débute aux environs de 1200. On dispose cependant, dès le XIVe siècle, de formules de datation qui apparaissent dans les textes juridiques, administratifs ou économiques, dans lesquelles le nom du limmu est parfois suivi de son titre. On peut alors constater que les éponymes sont également titulaires des plus hautes charges de l'État: le roi lui-même, le général en chef (turtânu), le grand échanson, le trésorier ou les gouverneurs.
On trouvera ici une liste des éponymes médio-assyriens.

Éponymes néo-assyriens
Pour l'époque néo-assyrienne, il existe à la fois des chroniques éponymales (entre 858 et 699) et des listes d'éponymes, enregistrant les limmu et leurs titres par ordre chronologique, entre 910 et 649. Après cette date, les limmu ne sont connus que par des formules de datation et l'on parle alors d'éponymes «postcanoniques ».

Jusqu'au règne de Tiglath-phalazar III (745-727), les limmu se succédaient selon une séquence qui ne connaissait que de légères variations. Le roi revêtait l'éponymie au début de son règne, puis le turtânu, le grand échanson, le héraut du palais, le trésorier et enfin les gouverneurs en commençant par celui d'Aššur (šakin mâti). Dans le cas d'un très long règne, comme celui de Salmanazar III (858-824) le roi pouvait être limmu une seconde fois, en inaugurant une nouvelle séquence.
À partir de Salmanazar V (726-722), il n'est plus possible de mettre en évidence une séquence de base. Ce roi attendit plusieurs années pour devenir éponyme, de même que son successeur Sargon II. Sennacherib ne fut limmu que dans la seconde moitié de son règne (687), Assarhaddon, Aššurbanipal*, Aššur-etel-ilâni et Sîn-šar-iškun ne le furent jamais. D'autre part, les dignitaires qui suivaient traditionnellement le souverain ne sont plus que rarement limmu, alors que les titulaires d'autres charges accèdent à l'éponymie: par exemple les «vizirs » (sukkallu), le chef eunuque*, le chef chantre ou même un simple officier (rab kiṣri) sous le règne d'Aššurbanipal. Sous Aššur-etel-ilâni et Sîn-šar-iškun, on trouve également le «scribe du palais », qui était sans doute le chef de la chancellerie en araméen.

Ces profondes modifications montrent que la désignation des éponymes dépendit de plus en plus du seul choix du souverain. Le refus des derniers Sargonides de revêtir l'éponymie signifie peut-être que ces rois voulurent marquer plus nettement la différence de nature qui les séparait des hauts dignitaires. Ainsi disparaissait l'un des derniers signes de l'ancienne conception qui faisait du roi d'Assyrie une sorte de primus inter pares.

On peut enfin noter que dans le monde grec, les plus anciennes listes de magistrats éponymes datent du VIIe siècle av. J.-C., ce qui correspond à l'apogée de l'Empire assyrien. Il est possible que les Ioniens qui fréquentaient les côtes de Syrie ou de Cilicie aient joué un rôle dans l'introduction de cette façon particulière de nommer les années.
On trouvera ici une liste des éponymes néo-assyriens.

Lists of limmu officials

Limmu dates in the CDLI database

The coding of calendrical information for Assyrian documents using limmu dates is not yet implemented in the CDLI database.
In the following we outline a proposal for coding limmu dates in the CDLI catalog that will enable direct linking from the limmu lists in cdli:wiki to the data, without having to link to the transliterations (as is currently done).

Example 1 Text dated to the eponym of iqish-… (name broken), from the reign of Assur-rim-nishsheshu, month 1, day 1.

period: Middle Assyrian (ca. 1400-1000 BC) date_referenced: Assur-rim-nishsheshu.Iqish-X.01.01 date_remarks:

Example 2 Text dated to the eponym of Tur-kenu, from the reign of Eriba-Adad 1, month 10, unknown day.

period: Middle Assyrian (ca. 1400-1000 BC) date_referenced: Eriba-Adad1.Tur-kenu.10.00 date_remarks:

Example 3 Text dated to the eponym of Assur-le’i the son of Ibashi-ili, during the reign of Eriba-Adad 1, month 12, day 13.

period: Middle Assyrian (ca. 1400-1000 BC) date_referenced: Eriba-Adad1.Assur-le’i.12.13 date_remarks: limmu: Assur-lei DUMU Ibashi-ili

Example 4 Text dated to the eponym of Adad-asu’u son of Shamash-bel-ilani, during either the reign of Eriba-Adad 1 or Assur-uballit, unknown month, day 1.

period: Middle Assyrian (ca. 1400-1000 BC) date_referenced: Eriba-Adad1.Adad-asuu.00.01 date_remarks: limmu: Adad-asuu DUMU Shamash-bel-ilani alternative_years: Assur-uballit.Adad-asu’u

Bibliographie :

  • M. BIROT, « Les chroniques assyriennes de Mari », MARI 4, 1985, p. 219-242.
  • M.T. LARSEN, The Old Assyrian City-State and its Colonies, Copenhague, 1976, p. 192-217.
  • A. MILLARD, The Eponyms of the Assyrian Empire 910-612 BC, Helsinki, 1994. K. RADNER (éd.), The Prosopography of the Neo-Assyrian Empire I/1, Helsinki, 1998, pl. XVIII-XX (tentative de classification des éponymes «post canoniques ».
  • K.R. VEENHOF, « Limmu of the Later Old Assyrian Period and Mari Chronology », MARI 4, 1985, p. 191-218.
  • K.R. VEENHOF, The Old Assyrian List of Year Eponyms from Karum Kanish and its Chronological Implications, Türk Tarih Kurrumu, Turkish Historical Society Serial VI 64, 2003.


Introduction to topic from: C. Michel et P. Villard, "Éponyme", Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 292-294.

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assyrian_eponyms_limmu.txt · Last modified: 2016/02/05 20:29 by lafont
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