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Sargon

Biography of Sargon

Sargon, forme transposée de l'akkadien Šarru-kîn, «le roi est légitime », est l'un des plus célèbres rois mésopotamiens: sa personnalité d'usurpateur et ses réalisations, particulièrement la première mise en place d'un royaume suméro-akkadien unifié et la conquête d'une partie du Proche-Orient, en ont fait un modèle fondateur pour tous ses successeurs. Le souvenir de ce roi, très vite amplifié par la légende, a duré pratiquement jusqu'à la fin de la civilisation mésopotamienne.

La Liste royale sumérienne lui assigne un très long règne d'environ 55 ans, que des historiens contemporains préfèrent réduire à une durée d'une quarantaine d'années. Selon la chronologie moyenne, Sargon aurait régné entre 2335 et 2279. Fondateur d'une dynastie installée dans une nouvelle capitale, Agade, conquérant et unificateur de la basse Mésopotamie après sa victoire sur le roi d'Uruk et d'Umma Lugalzagesi, Sargon est aussi le roi sous le règne duquel la langue akkadienne, dans sa version «ancienne », a accédé à l'écrit de manière officielle.

Très peu de documents contemporains de son règne ont cependant été retrouvés: pas plus, par exemple, de quatre de ses noms d'années ne sont attestés sur des tablettes trouvées à Nippur. La vigueur de la tradition légendaire qui entoure son personnage fait qu'il est difficile de démêler le vrai du fabuleux en ce qui concerne sa vie. Selon des oeuvres historico-littéraires, qui sont largement postérieures d'au moins trois à cinq siècles, il aurait été le fils d'un jardinier et serait devenu l'échanson du roi de Kiš, Ur-Zababa. Après s'être rebellé contre son seigneur, il serait parti, à la tête d'un groupe de compagnons fidèles, fonder une nouvelle capitale, aux alentours du confluent de la Diyala et du Tigre, qui devint la ville d'Agade. Pour se débarrasser de lui, Ur-Zababa demanda l'aide de Lugalzagesi, mais tous deux furent vaincus et Sargon put unifier à son profit les deux pays de Sumer (au sud) et d'Akkad (au nord) constituant la basse Mésopotamie. Si cette première forme de la légende de Sargon contient des éléments de vérité, ils livrent surtout l'image d'un chef de principauté du nord de la basse Mésopotamie, vassal du roi de Kiš, qui aurait peu à peu étendu son pouvoir sur les cités-États avoisinantes, avant d'affronter le roi de Sumer, Lugalzagesi, qui, dans le même temps, avait unifié le Sud à son profit. Cet affrontement — au départ disproportionné entre le roi de Sumer assisté de cinquante ENSÌ et le chef d'une principauté presque inconnue — se fit en au moins trois batailles. Ayant pu faire prisonnier Lugalzagesi sur le champ de bataille, Sargon l'exposa garotté et le carcan au cou à la porte de l'Ekur d'Enlil à Nippur, indiquant ainsi spectaculairement que le dieu lui avait accordé le pouvoir sur le pays.

L'amplification légendaire eut tendance à insister particulièrement sur l'obscurité des origines de Sargon. Dans la Légende de Sargon, il devient le fils d'un inconnu, dont les frères «vivent dans la montagne », et d'une prêtresse de la ville d'Azupirânu, la «ville du safran », située au bord de l'Euphrate, mais inconnue par ailleurs. Sa mère, ayant fauté, l'abandonna en le plaçant dans un couffin d'osier scellé par du bitume qui descendit l'Euphrate jusqu'à Kiš où il fut recueilli par le puisatier Aqqi (dont le nom signifie «j'ai versé de l'eau ») et élevé par lui dans le métier de jardinier. La déesse Ištar, l'ayant vu, fut prise d'amour pour lui, et, grâce à son appui, il put s'emparer du trône de Kiš, puis fonder Agade et devenir maître de tout le pays.

Sargon apparaît comme le promoteur d'une royauté militaire, fondant son pouvoir et ses conquêtes sur l'existence d'un groupe de compagnons totalement à son service, dont il assurait l'entretien matériel quotidien. Il brisa d'autre part l'opposition des cités-États de Sumer en démolissant leurs murailles. S'il maintint en place certaines lignées locales, il nomma également une administration d'ENSÌ (gouverneurs civils) ou de ŠAGAN (gouverneurs mililitaires) akkadiens issus de son entourage et étroitement subordonnés à sa politique centralisatrice. Sa volonté d'unification se manifesta également par l'adoption du titre de «roi de Kiš » qu'il reprit après sa conquête du pays, faisant référence, par un jeu de lecture, à la fois à la métropole septentrionale de basse Mésopotamie, mais également à l'univers tout entier (le mot sumérien KIŠ signifie «la totalité »). Les inscriptions de Sargon font également mention de l'apport jusqu'à Agade des produits exotiques provenant des lointains pays de Dilmun, Magan et Meluhha, indice d'une place prépondérante accordée à la ville capitale de son royaume. Il ne semble pas, en revanche, qu'il ait cherché à imposer la prééminence de sa divinité tutélaire, la déesse Ištar. Sargon continua en effet de magnifier le sanctuaire principal de Sumer, l'Ekur à Nippur, et la place de son dieu, Enlil, garant de la royauté. Il poursuivit d'autre part l'usage, initié à la période dynastique archaïque, de nommer au moins deux des filles qu'il avait eues de son épouse Tašlultum grandes prêtresses (entu) dans des sanctuaires prestigieux: l'une, Enheduanna, devint entu du temple de Sîn à Ur, l'autre, entu d'Enlil à Nippur.

Ayant unifié la basse Mésopotamie, Sargon entreprit également des expéditions militaires vers les contrées avoisinantes: vers l'est, il vainquit l'Elam et la pays de Šimurrum; vers l'ouest, en remontant le cours de l'Euphrate, il s'empara de Mari (où il installa un gouverneur qui donna naissance à la lignée royale locale des Šakkannakku), puis d'Ebla, avant de pousser jusqu'au pays de Yarmuti, puis aux monts d'Argent et à la fabuleuse forêt des Cèdres, c'est-à-dire apparemment le Liban ou l'Amanus. Les légendes postérieures lui assignent une expansion encore plus vaste puisqu'il aurait, selon l'épopée appelée Šar tamhari, «le roi du combat », pénétré jusqu'au coeur de l'Anatolie, pour y venir en aide à des marchands opprimés par le roi de Burušhanda/Burušhattum, préfiguration des relations commerciales entre Aššur et Kaniš au début du IIe millénaire. Un texte paléo-assyrien découvert à Kaniš décrit précisément cette campagne de Sargon, preuve que la légende s'est très tôt mise en place. Un autre texte épique fait même traverser à Sargon la mer Occidentale et dresser des stèles à Chypre et en Crète.

À sa mort, Sargon laissait à ses fils Rimuš puis Man-ištušu un royaume mésopotamien unifié, vigoureux et prospère. Malgré l'opposition latente que semblent avoir manifestée les anciennes métropoles sumériennes au pouvoir d'Akkad, et qui culmina lors de la grande rébellion contre Narâm-Sîn, le petit-fils de Sargon, et l'hostilité des confédérations montagnardes de l'Est, l'empire d'Akkad fut considéré par la postérité comme une structure fondatrice de l'histoire du pays. Des statues de Sargon (et de son petit-fils Narâm-Sîn) sont attestées dans le palais de Mari et des temples de Babylonie du Nord jusqu'à une date très avancée de l'histoire de la civilisation mésopotamienne, où elles recevaient les honneurs rendus aux ancêtres royaux; un texte rapportant les entreprises du roi Nabonide, au VIe siècle, signale ainsi que ce dernier découvrit dans l'enceinte sacrée de l'Ebabbar, qu'il restaurait, une statue de Sargon dont la moitié de la tête était brisée, qu'il la fit restaurer, remettre en place dans le temple et la pourvut d'un système d'offrandes. Le personnage et l'oeuvre de Sargon donnèrent ainsi naissance à un cycle de légendes aussi consistant que celui des rois d'Uruk comme Gilgameš ou Enmerkar; il apparaît également dans les présages historiques, mettant en rapport la configuration particulière du foie du mouton examiné par un devin avec un événement historique célèbre. Une chronique babylonienne rapporte, enfin, l'habitude d'enterrer certains rois babyloniens post-cassites dans le «palais de Sargon », probablement à Agade. Quant à la légende de l'abandon dans la nature sauvage d'un nouveau-né qui devient roi, elle se retrouve dans des récits concernant plusieurs fondateurs d'empire (Moïse, Cyrus, Romulus, etc.).

Bibliographie: J.-J. GLASSNER, La Chute d'Akkadé, Berlin, 1986. J.G. WESTENHOLZ, Legends of the Kings of Akkade, Winona Lake, 1997.

From : From: F. Joannès, « Sargon Ier (d’Akkad) », Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne , p..

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biography_sargon.txt · Last modified: 2015/01/28 20:57 (external edit)
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