Borsippa

Connue sous le nom de Parsipa au IIe millénaire, et de Barsipa au Ier (étymologie inconnue), la ville occupait le site actuel de Birs Nimrud, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Babylone, au bord de la branche la plus occidentale de l'Euphrate. Le fleuve arrosait directement la ville au IIe millénaire puis se déporta peu à peu vers l'ouest. À l'époque néo-babylonienne, Borsippa dépendait de canaux dérivés de l'Euphrate, tout en étant directement reliée à Babylone par le «canal de Borsippa » (nâr Barsip).

Borsippa a connu auprès des découvreurs de la Mésopotamie une célébrité précoce due aux ruines imposantes de sa ziggurat, longtemps considérée comme la véritable «tour de Babel ». Il s'agissait en fait du seul vestige du sanctuaire de Nabû, le dieu principal de la ville, et de sa parèdre, la déesse Tašmêtum.

Le site fut fouillé par J. Oppert en 1852-54, H. Rawlinson en 1855, H. Rassam  de 1879 à 1882, mais aussi par de nombreux fouilleurs clandestins. La mission archéologique allemande qui fouillait à Babylone sous la direction de R. Koldewey vint procéder à une courte campagne à Borsippa en 1902. Elle porta sur le dégagement d'une partie de la ziggurat (é.ur.emin.an.ki), encore conservée sur 47 m de hauteur, et sur le temple de Nabu (é.zi.da) adjacent ainsi que sur une partie de l'enceinte du sanctuaire. Ces différentes structures sont essentiellement connues pour leur état néo-babylonien.

Le site de Borsippa est ensuite resté à l'écart des grandes entreprises archéologiques du xxe siècle en Irak, jusqu'aux années 80, où une équipe autrichienne menée par E. Trenkwalder entreprit de nouvelles fouilles et notamment une étude technologique poussée de la ziggurat. Elle permit de déterminer plusieurs des phases de sa construction. La première, qui doit remonter à l'époque paléo-babylonienne ou à l'époque cassite, montre l'emploi de poutres de bois, de lits de roseaux et de cordes de roseaux tressés dans la structure de briques crues recouverte d'un revêtement de briques cuites. Plusieurs réfections ultérieures de ce revêtement ont pu être repérées: elles datent pour l'essentiel de l'époque néo-babylonienne. Les données textuelles ont permis d'autre part d'identifier certains quartiers et de proposer une reconstitution générale de la ville et de ses environs immédiats.

Borsippa appartenait au royaume de Babylone, dès Hammurabi, et devint l'un des grands lieux de culte babylonien. Comme les autres villes de Babylonie centrale, elle eut à souffrir d'incursions araméennes: vers 769, le roi Erîba-Marduk rendit aux habitants de Borsippa des champs que s'étaient appropriés des Araméens. Le même problème réapparaît après l'implantation des Chaldéens du Bît Dakkûri au sud de Borsippa. À partir du règne de Nabû-šum-iškun (760?-748) Borsippa prend les traits distinctifs qui la caractérisent pendant toute l'époque néo-babylonienne: les hautes fonctions du temple de Nabû sont aux mains des notables de la ville regroupés en familles descendant d'un ancêtre prestigieux. Borsippa devient d'autre part une ville sainte (mahazu), lieu de pèlerinage obligé pour les souverains assyriens et babyloniens. Cette émergence ne se fait pourtant pas sans difficultés puisque sous Nabû-šum-iškun, une inscription du gouverneur de Borsippa évoque une atmosphère de guerre civile dans la ville. Sous Nabû-nâṢir (747-734), Borsippa se révolta même contre Babylone, mais cette révolte fut écrasée. Comme toutes les grandes villes de Babylonie, Borsippa est mentionnée par les rois néo-assyriens qui font campagne en Babylonie aux ixe et viiie siècles. Sargon II répare le canal qui unissait la ville à Babylone, et rend aux habitants des champs que s'étaient appropriés des Sutéens. C'est à la présence de ces derniers qu'il faut sans doute attribuer la place non négligeable de la déesse Sutîti à Borsippa à partir du milieu du viiie siècle. Lors des grandes luttes d'indépendance anti-assyriennes du viie siècle, la position de Borsippa est ambiguë: elle soutient Merodach-bala-dan II contre Sennacherib en 704 et en 697, mais une fraction de la population lui reste hostile et il déporte des otages de Borsippa jusqu'à sa capitale méridionale de Dûr-Yakîn. Borsippa n'est cependant pas mieux traitée que les autres villes babyloniennes par Sennacherib, et le culte périclite dans l'Ezida cependant que les Chaldéens s'emparent à nouveau de la campagne autour de la ville. La situation change sous le règne d'Asarhaddon: celui-ci répare l'Ezida, et remet en place le système administratif traditionnel aboli par Sennacherib. Les excès auxquels se livrent certains fonctionnaires sont signalés au roi, de même que les négligences dans le service du culte. Cette période faste est troublée par une inondation du canal principal desservant la ville, dont les eaux envahissent l'Ezida. Une nouvelle fois Borsippa s'opposa aux Assyriens en prenant le parti de Šamaš-šum-ukîn contre Aššurbanipal. Assiégée pendant deux ans par les armées de ce dernier, elle résista presque aussi longtemps que Babylone, et fut pillée sévèrement par les armées assyriennes. Aššurbanipal y fit confisquer des tablettes littéraires et scientifiques pour compléter sa bibliothèque de Ninive.

Borsippa semble donc s'être ralliée très vite à Nabopolassar, qui est attesté dans les archives locales dès sa cinquième année de règne (621). La ville bénéficia de ses soins et de ceux de son fils Nabuchodonosor II*, qui y effectuèrent des travaux importants: réparation des murailles, de l'Ezida et de sa ziggurat, ainsi que d'autres temples. Borsippa entretient alors des liens étroits avec la capitale, Babylone. La fille du roi Neriglissar, Gigîtu, épousa d'ailleurs le šatammu de l'Ezida. Sous Nabonide*, Borsippa connaît d'autres travaux de restauration, mais fait partie, comme les autres villes sièges d'un grand sanctuaire traditionnel, de l'opposition au roi. Son histoire propre ne présente cependant rien d'exceptionnel, et, comme Babylone, elle fait ensuite partie de la satrapie créée par les souverains perses. Comme dans la capitale encore, les archives économiques s'interrompent pratiquement au début du règne de Xerxès. L'Ezida reste encore en activité, et des textes administratifs et littéraires y sont élaborés jusqu'à l'époque séleucide. La dernière intervention royale connue est celle d'Antiochos Ier qui procéda à une restauration de l'Ezida. Le culte de Nabû pourrait cependant y avoir subsisté très longtemps, puisqu'une inscription grecque  semble en attester encore la pratique au ive siècle apr. J.-C.

Bibliographie:

  • Frame G., «The First Families of Borsippa during the Early Neo-babylonian Period », JCS 36, 1984, p. 67-80.
  • Joannès F., Archives de Borsippa. La famille Ea-Ilûta-Bâni. Étude d'un lot d'archives familiales en Babylonie duviiie au ve siècle av. J.-C., Genève, 1989.
  • Koldewey R., Die Tempel von Babylon und Borsippa (= WVDOG 15).
  • Reade J., «Rassam's Excavations at Borsippa and Kutha 1879-1882 », Iraq 48, 1986, p. 105-116.
  • Trenkwalder E., Sumer 41, 1985, p. 101; Iraq 47, 1985, p. 219; Iraq 49, 1987, p. 236.
  • Unger E., RlA 1, p. 402-429.

From : Joannès F. et Sauvage M., "Borisppa", Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 140-141.

borsippa.txt · Last modified: 2016/06/20 21:46 by gombert
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