Chronicles

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La chronique est, en Mésopotamie, un genre de texte historique enregistrant une série d'événements classés en général par années de règne des souverains. On en distingue deux sortes. Celles, relativement proches dans le temps des événements qu'elles rapportent et qui ont pour objet essentiel d'enregistrer les grands événements politiques ou militaires, que l'on qualifie de chroniques historiques: elles sont surtout connues pour le Ier millénaire. Une seconde catégorie regroupe celles dont l'objet est en général beaucoup plus ancien, le champ chronologique couvert plus ample, et qui ont souvent une finalité religieuse marquée en insistant sur les actions pieuses ou impies de certains rois. L’origine du genre de la chronique est certainement très ancienne et l'on peut tracer une sorte de filiation entre les listes royales sumériennes et les chroniques. La Chronique du Tummal, connue par plusieurs exemplaires d'Ur et de Nippur, retraçant l'histoire du sanctuaire de Ninlil à Nippur depuis ses origines jusqu'à la fin de la dynastie d'Ur III, intègre ainsi l'histoire d'un temple dans le cadre chronologique que fournit la liste royale. Mais ce n'est qu'à partir du début du IIe millénaire qu'apparaissent les premières véritables chroniques historiques. Celles-ci sont surtout consacrées à l'histoire de l'Assyrie et de la Babylonie, ou de la Mésopotamie au sens large. Les archives de Mari ont ainsi livré des Chroniques éponymales d'après le mode de datation qui y est utilisé, retraçant pour l'essentiel les principaux événements du règne de Samsî-Addu et l'édification du royaume de Haute-Mésopotamie. La Chronique synchronique met en parallèle certains événements des règnes des rois d'Assyrie et de Babylonie, du xve au ixe siècle, en privilégiant les rapports entre les deux pays, avec un parti pris en général favorable à l'Assyrie. D'autres textes de même nature, mais très fragmentaires, sont connus pour les règnes des rois assyriens Enlil-nêrârî, Arik-dên-ilî, Tukultî-Ninurta Ier*, Aššur-rêš-iši Ier et Tiglath-phalazar Ier, de 1329 à 1076. Le genre de la chronique évolua ensuite de manière autonome en Assyrie pour aboutir au système des Annales royales au Ier millénaire. Il existe également des Chroniques éponymales néo-assyriennes mettant en rapport, de 858 à 699, les éponymes des divers règnes et les campagnes militaires principales.

En Babylonie, la majeure partie des chroniques est connue par des exemplaires d'époque tardive (achéménide ou séleucide) provenant de Babylone. Elles constituent une source historique de premier plan dans la mesure où les inscriptions royales sont beaucoup moins riches en faits et événements que leurs homologues assyriennes. Les chroniques babyloniennes conservées documentent ainsi l'histoire du pays de Nabû-nâṢir aux premières années de Nabuchodono-sor II entre 745 et 595, en particulier la période cruciale de la guerre d'indépendance en Babylonie qui débouche sur la chute de l'Empire assyrien à la fin du VIIe siècle. Si le reste du règne de Nabuchodonosor II n'est pas documenté, deux chroniques relatent les règnes de Neriglissar et de Nabonide, de 557 à 539. De la période achéménide ne subsistent que deux chroniques très fragmentaires. Par contre, sept chroniques ont été conservées allant du règne d'Alexandre le Grand en Babylonie (330-323) à celui de Séleucos III (225-223). La comparaison avec les relevés quotidiens d'observation astronomique contemporains de cette période montre que les chroniques ont souvent été établies en puisant à cette source, et qu'elles sont une sorte de dérivé historique de la production astrologique en Babylonie. Le choix des événements considérés comme suffisamment importants pour être enregistrés sous cette forme était cependant assez restreint et, tout en présentant les faits de façon relativement neutre, les chroniques ne visent pas à l'impartialité et ne sortent que très rarement du cadre géographique de la Mésopotamie.

Le parti pris est beaucoup plus évident encore dans les chroniques dites religieuses ou littéraires, qui utilisent le schéma formel de la chronique pour présenter une vision souvent très reconstruite du passé, tirant les leçons de l'histoire en présentant, souvent à plusieurs siècles de distance, les actions marquantes de certains rois. Elles ont pour principal intérêt de montrer comment les lettrés de Mésopotamie voyaient leur propre passé et quels personnages, le plus souvent royaux, servaient de référence. On y trouve ainsi très souvent mentionné Sargon Ier fondateur de la dynastie d'Akkad, et la Chronique de l'Esagil n'hésite pas à en faire le favori du dieu Marduk, chargé de l'entretien de l'Esagil, près de cinq siècles avant que Babylone n'eut véritablement assis son pouvoir religieux sur la basse Mésopotamie. Les Chroniques des rois anciens citent ainsi les règnes de Sargon, Narâm-Sin, Šulgi, Erra-imitti, Hammurabi, Samsu-ilunâ, des rois cassites en insérant, au milieu d'événements militaires, des mentions sur les actions religieuses de ces souverains et en établissant un rapport implicite mais direct entre leurs défaites et les impiétés qui leur sont attribuées. Une chronique séleucide retrouvée à Uruk, reprend ainsi le thème développé dans certaines Chroniques des rois anciens, mais en mettant en rapport le roi Šulgi d'Ur III avec le sanctuaire d'Anu à Uruk, et non plus avec l'Esagil de Babylone. Dans les deux cas d'ailleurs, il s'agit, comme pour Sargon, d'un pur anachronisme. On range enfin dans cette catégorie des textes chronographiques où la figure royale s'estompe au profit d'événements auxquels on accorde une valeur de présage, qu'il s'agisse du niveau des prix, de l'intrusion d'animaux sauvages dans un sanctuaire, ou d'une chute de météorites. Les relevés quotidiens d'observation astronomique sont probablement la source majeure de ces textes, car il s'agit des faits qu'ils enregistrent à côté des aspects du ciel nocturne.

Bibliographie: J.-J. GLASSNER, Chroniques mésopotamiennes, Paris, 1993. A.K. GRAYSON, Assyrian and Babylonian Chronicles, Locust Valley, New York, 1975.

From: F. Joannès, « Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne », Chroniques, p. 183-184

chronicles.txt · Last modified: 2014/09/21 00:43 (external edit)
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