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Les rois hellénistiques

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Introduction

En juillet 323, s'ordonnent à Babylone la succession d'Alexandre le Grand et le destin de l'empire, entre ses principaux lieutenants: le trône est dévolu conjointement à Philippe III Arrhidée et au futur Alexandre IV (pas encore né). Ce premier arrangement ne résout cependant rien et entraîne un conflit entre Perdiccas et un groupe qui représente les intérêts d'Antipater, de Ptolémée et de Cratère. Perdiccas est assassiné par ses officiers dont Séleucos, le futur fondateur du royaume séleucide, et l'événement est rapporté par une chronique babylonienne. À l'automne 321, un nouveau partage de l'empire a lieu à Triparadeisos, en Syrie, et la satrapie de Babylonie échoit à Séleucos, cependant qu'Antigone, satrape de Grande-Phrygie, reçoit le commandement général de l'armée et la mission d'éliminer le dernier fidèle de Perdiccas, Eumène de Cardia, réfugié en haute Asie. Après avoir poursuivi et vaincu Eumène de 318 à 316, Antigone impose sa souveraineté sur toute l'Asie, au détriment en particulier de Séleucos, qui l'avait pourtant soutenu et accueilli à Babylone. Au même moment, Philippe III est assassiné en Macédoine (317). Séleucos finit par se réfugier chez Ptolémée en Égypte, cependant qu'Antigone demeure maître de Babylone où les documents sont datés de son nom (315).

Une coalition générale se forme contre Antigone et son fils Démétrios, qui est vaincu par Ptolémée à Gaza (312); Séleucos en profite pour regagner la Babylonie avec une petite troupe: sa présence est attestée à Babylone à la fin du printemps 311, et le système de datation change à nouveau, revenant à un comput par les années de règne d'Alexandre IV; celui-ci est assassiné en 310, mais la fiction de la datation par son nom se maintient jusqu'en 306. Malgré une dernière tentative de l'armée de Démétrios pour reconquérir Babylone, Séleucos parvient à s'y maintenir. Il n'est cependant pas partie prenante dans l'arrangement qui intervient en 311 entre Antigone, Ptolémée, Lysimaque et Cassandre. Malgré un état de guerre continuel de 311 à 308 entre Antigone et Séleucos, celui-ci reste maître de la Babylonie et de l'Orient, et il assure ses arrières de 308 à 303 par une expédition qui l'amène jusqu'en Inde, tandis que les autres diadoques continuent leur affrontement. Après la prise du titre royal par Antigone en 306, puis par les autres diadoques, Séleucos suit leur exemple et se proclame roi à partir de 305. Les documents sont désormais datés selon l'ère séleucide dont le comput est continu mais qui indique aussi le nom du roi régnant. Bien qu'elle ne soit entrée en vigueur qu'en 305, son origine officielle est fixée à 311/310, année de la disparition d'Alexandre IV et du retour et de l'installation définitive de Séleucos à Babylone.

Après avoir rejoint Lysimaque en Asie Mineure, Séleucos l'aide à vaincre Antigone, qui trouve la mort à la bataille d'Ipsos en 301. Séleucos en profite pour récupérer ses possessions syriennes et se trouve maître de la plus grande partie de l'Asie, depuis l'Inde jusqu'à la Méditerranée. Il fonde Séleucie sur le Tigre (la date de fondation est discutée, sans doute aux alentours de la bataille d'Ipsos), où il installe des éléments grecs et macédoniens et une partie de la population de Babylone: la vieille capitale avait en effet beaucoup souffert des affrontements entre diadoques, et Séleucie était située sur une route plus directe entre l'Occident et l'Asie. En Syrie du nord-ouest, Séleucos fonde également Antioche en 300. Ayant vaincu Lysimaque et Démétrios en février 281 à Couropédion, Séleucos est également maître de l'Asie Mineure. C'est en tentant de conquérir la partie européenne de l'empire d'Alexandre qu'il est assassiné par Ptolémée Kéraunos à la fin de l'été 281.

Son fils Antiochos Ier (280-261) hérite alors d'un immense royaume, qui atteint son extension maximale à ce moment, mais dont le centre de gravité se déplace progressivement vers l'ouest. La partie mésopotamienne du royaume n'est cependant pas négligée. Un texte astronomique enregistre la donation faite en 279 par le roi de terres aux gens de Babylone, de Nippur et de Kuta. Mais au début de 273 un ordre royal déplace une partie de la population de Babylone à Séleucie, peut-être en raison de la famine qui a alors cours dans le pays. C'est dans la première partie du iiie siècle av. J.-C. que l'influence hellénistique sur la Babylonie paraît la plus forte. Les paiements continuent d'être faits en métal précieux pesé, mais on précise souvent qu'il s'agit de « statères (d'Alexandre, de Séleucos ou d'Antiochos) de bonne qualité ». Le roi séleucide continue d'entretenir les sanctuaires traditionnels, fait reconstruire l'Esagil de Marduk et l'Ezida de Nabû, à partir de 268, tandis que ses fonctionnaires font des donations aux temples. Dans le système de gouvernement, on remarque l'établissement d'une vice-royauté attestée dès Séleucos Ier: Antiochos Ier est vice-roi auprès de son père dès 294. Il associe ses fils Séleucos (279-267), puis Antiochos II (266-261). Les autres vice-royautés attestées sont celles d'Antiochos III avec ses fils Antiochos (210-192) puis Séleucos IV (189-187), et d'Antiochos IV et Antiochos V (175-170).

Un texte de Babylone montre que comme dans le reste du royaume des domaines sont attribuées à la famille royale: il s'agit de la donation faite par Antiochos II à son épouse répudiée  Laodice et à ses fils Séleucos (II) et Antiochos (Hiérax) d'un vaste ensemble de terres à Babylone et Borsippa, de part et d'autre de l'Euphrate.

L'époque dite « séleucide » en Babylonie a laissé de nombreuses traces écrites, et témoigne de la persistance d'un haut niveau de culture dans les centres lettrés pratiquant le cunéiforme. Malgré le petit nombre des sites qui nous ont laissé des documents (essentiellement Babylone, Borsippa et Uruk, et à un degré beaucoup plus restreint Kiš, Kuta, Nippur, Larsa et Ur), il est possible d'avoir une vue assez étendue sur la vie des temples de cette époque. La documentation d'Uruk en particulier a laissé de nombreux contrats privés mais qui concernent souvent des gens en relation avec le sanctuaire d'Anu, ainsi que des textes religieux et savants, provenant des bibliothèques privées des lettrés du temple. L'une des particularités de cette documentation d'époque séleucide est la masse de la documentation astronomique et astrologique fournie surtout par Babylone, et qui s'étend de manière continue jusqu'à l'époque parthe. Comparativement, les sources juridiques sont presque inexistantes, en raison du matériau utilisé pour leur rédaction (papyrus et parchemin dont on n'a retrouvé à Uruk que les bulles d'argile qui les scellaient). La présence des populations ne pratiquant pas le cunéiforme n'a donc laissé que peu de traces à cette époque, et il est en particulier difficile d'évaluer vraiment l'influence des Grecs dans la vie quotidienne, autrement que par leur présence onomastique. Les fouilles de Séleucie ont pourtant montré la vitalité de la cité, qui reprend le rôle charnière joué plusieurs dizaines de siècles auparavant par Ešnunna, et inaugure la série des capitales prestigieuses au confluent du Tigre et de la Diyala  (Ctésiphon, Bagdad).

Pendant que Séleucides et Lagides s'épuisent dans des guerres perpétuelles pour la possession de la Cœlé-Syrie et des territoires d'Asie Mineure, la Babylonie se trouve cependant de plus en plus à l'écart du royaume, tandis que les parties les plus orientales commencent à s'en détacher: la Bactriane devient indépendante après la mort d'Antiochos II. Les violents troubles dynastiques qui ont suivi la mort d'Antiochos II et qui voient une intervention de Ptolémée II jusqu'à Séleucie du Tigre n'ont cependant pas laissé d'échos en Babylonie. En 222-220, le satrape Molon se rebelle en Médie contre Antiochos III; celui-ci réagit vigoureusement: Molon est battu et se donne la mort au début de 220. Antiochos III entreprend ensuite une grande expédition en Orient de 212 à 205. Il réorganise les satrapies orientales, et crée en particulier une « satrapie de la mer Rouge » en Mésène-Characène. Mais c'est à l'ouest que l'attention des rois séleucides est requise avec l'apparition des Romains à partir des dernières années du iiie siècle. Au début du IIe siècle, la Parthie-Hyrcanie est perdue au profit des Arsacides. Antiochos IV cherche une dernière fois à reconquérir l'Orient en 165, mais sans succès. Sa politique volontariste d'hellénisation est illustrée à Babylone par la restauration du théâtre grec, mais conduit à la révolte des Maccabées en Judée. Les troubles dynastiques qui suivent la mort d'Antiochos IV ont de graves conséquences sur la Babylonie: son gouverneur Timarque s'y proclame roi avant d'être vaincu par Démétrios Ier. Les règnes agités de Démétrios Ier, Alexandre Balas et Démétrios II ne permettent pas aux Séleucides d'intervenir efficacement dans la partie orientale de leur royaume et Séleucie tombe aux mains des Parthes en 141. Malgré une brève tentative de reconquête par Antiochos VII en 139, la Babylonie est désormais parthe, et séparée politiquement du monde occidental.

 

Les rois hellénistiques

Alexandre III le Grand
Philippe III Arrhidée
Alexandre IV
Antigone
Début de l'ère séleucide
Séleucos Ier
Antiochos Ier
Antiochos II
Séleucos II
Séleucos III
Antiochos III
Séleucos IV
Antiochos IV
Antiochos V
Démétrios Ier
Alexandre Balas
Démétrios II
Antiochos VII

330-323
323-316
323-306
315-311
3 avril 311

305-281
280-261
260-246
245-226
225-223
222-187
186-175
174-164
163
162-151
150-146
145-141
130-129

 

From: F. Joannès, "Hellénistiques (rois)", Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 337-339.

hellenization_of_the_ancient_near_east.txt · Last modified: 2016/03/01 13:39 by gombert
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