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Nabonidus

Biography

Nabû-nâ'id (« le dieu Nabû est compatissant »), dernier souverain de la dynastie néo-babylonienne, a régné de 556 à 539. Sa personnalité, son accès au trône, les conditions de sa chute en font un personnage énigmatique, à part dans l'histoire de la Babylonie du Ier millénaire, et beaucoup des questions que soulève son règne ne sont pas résolues.

Il monte sur le trône à la suite d'un complot de cour qui élimine, au bout de quatre mois de règne seulement, Lâbâši-Marduk, fils de Neriglissar. Il semble que l'inspirateur principal de ce complot ait été le propre fils de Nabonide, Bêl-šar-uṣur (le Balthazar de la tradition biblique), réunissant autour de lui un groupe de gens qui voulaient éliminer la famille de Neriglissar, arrivé lui-même sur le trône en faisant disparaître son beau-frère Amêl-Marduk, fils de Nabuchodonosor II. Les troubles dynastiques de cette période illustrent bien la difficulté que rencontre alors l'Empire néo-babylonien à promouvoir une tradition royale reconnue de tous. Ne voulant pas apparaître au premier plan, et soucieux de ménager l'avenir, Bêl-šar-uṣur aurait mis en avant son père, d'âge déjà avancé, et qui avait fait l'essentiel de sa carrière au service de Nabuchodonosor II. Mais Nabonide ne se comporta pas avec la faiblesse supposée d'un homme âgé, et les initiatives qu'il prit une fois devenu roi déjouèrent les calculs des conjurés et entraînèrent l'Empire néo-babylonien dans une direction singulière.

Une grande partie de la personnalité de Nabonide s'explique à la fois par cet accès illégitime au pouvoir royal, et par ses origines. De son père on ne connaît que le nom: Sîn-balâssu-iqbi, et il n'a pu être réellement identifié parmi les grands personnages de l'Empire néo-babylonien. Sa mère, Adad-guppi', est mieux connue, puisque l'on dispose de son autobiographie, rédigée suivant les instructions de Nabonide, et déposée dans le temple du dieu Sîn de Harrân. Adad-guppiʾ était très liée avec ce centre religieux, dont elle était probablement originaire, et elle manifestait une dévotion tout à fait particulière au dieu Sîn, dieu de la Lune, sans avoir par ailleurs jamais exercé de fonction religieuse en rapport avec lui. C'est à tort qu'on la présente souvent comme une prêtresse de Sîn de Harrân; la qualification de «dévote » du dieu conviendrait mieux. Cette très forte dévotion a marqué Nabonide et explique certainement les mesures religieuses qu'il prit à la fin de son règne. Adad-guppiʾ a par ailleurs bénéficié d'une vie particulièrement longue, puisqu'elle est morte centenaire, et sa jeunesse s'est passée dans le contexte historique très particulier de la fin de l'Empire assyrien. Quelle que soit sa carrière exacte, elle semble avoir eu des liens avec la famille royale assyrienne, et avoir été amenée à la cour de Babylone à la suite de la prise de Harrân, dernière capitale assyrienne, par les armées de Nabopolassar. Elle séjourna ensuite dans le palais royal de Nabuchodonosor II, on ne sait à quel titre, et y favorisa la carrière de son fils. Elle a d'autre part probablement des origines araméennes, comme l'indique son nom, et transmit à Nabonide ce curieux mélange assyrien, araméen et babylonien.

Nabonide, stèle de HarrânLe début du règne de Nabonide est marqué par des actions typiques de la royauté babylonienne: il poursuit le programme de rénovation et de reconstruction des sanctuaires initié par ses prédécesseurs dans les principales villes de Babylonie, termine les grands travaux d'urbanisme dans la capitale, mais mène en même temps des actions militaires dans la partie occidentale de l'empire qui l'amènent en Cilicie. La première année de son règne est marquée par une visite du sud de la Babylonie au cours de laquelle il réorganise l'administration des temples et du culte. On se réfère aux règlements de l'époque de Nabuchodonosor II pour remettre en place un système d'offrandes qui semble avoir connu des dérives sous le règne de Neriglissar. La part prépondérante que prend le roi, fournisseur de ressources et destinataire d'une partie des redistributions des produits d'offrandes, est soulignée par l'introduction de gens issus de l'administration royale dans le personnel chargé de la gestion des biens des sanctuaires, et aboutit à Uruk par exemple à la création de ce qu'on a appelé les Fermes générales des dattes et de l'orge. Mais ce rétablissement d'une autorité royale forte ne présente pas que des aspects contraignants pour les temples: ils bénéficient de larges attributions de main-d’œuvre, prise sur les prisonniers de guerre (en particulier des Égyptiens dans le temple de Šamaš à Sippar), et voient la plupart de leurs bâtiments somptueusement reconstruits. L'attention extrême portée par Nabonide à renouer avec la tradition religieuse se traduit dans bon nombre de ses inscriptions par la mention détaillée des travaux entrepris pour retrouver les dépôts de fondation originels des sanctuaires les plus prestigieux. De même Nabonide rétablit une tradition très ancienne en faisant introniser sa fille grande prêtresse (entu) du dieu Sîn à Ur, sous un nom sumérien (EN.NÌG.AL.DI.NANNA «la grande prêtresse réclamée par Sîn ») et en lui faisant construire dans cette ville une somptueuse résidence digne de son rang.

Il n'y a apparemment pas de désaccord perceptible entre Nabonide et son fils Bêl-šar-uṣur en ce qui concerne la conduite des affaires en Babylonie. Pourtant, au bout de cinq ans de règne, en 550, Nabonide part pour une longue expédition dans l'Ouest qui va l'amener des confins méridionaux de la Palestine au cœur de l'Arabie, et il s'installe dans l'oasis de Têma, où il va séjourner huit ans sans interruption, cependant que son fils administre les affaires en Babylonie. Les raisons exactes de ce séjour prolongé à Têma demeurent encore mystérieuses: on y a vu la volonté de contrôler sur place le commerce terrestre issu de l'Arabie, ou la manifestation d'une religiosité qui commence à se tourner presque exclusivement vers le dieu Sîn: comme Ur, comme Harrân où Nabonide fait reconstruire le temple principal de la ville qu'il a soustraite à la zone de contrôle mède, Têma est en effet un lieu ancestral de culte au dieu de la Lune. Le curieux épisode biblique de la « folie de Nabuchodonosor » qui passe plusieurs années dans le désert en vivant de manière quasi sauvage a conduit aussi à penser qu'on avait attribué à ce dernier un fait qui concernerait en fait Nabonide, et que celui-ci a peut-être été contraint à cette sorte de retraite par suite d'une maladie qui le rendait incapable d'assurer temporairement les aspects de sa fonction liés à la pratique religieuse babylonienne. Les chroniques de Babylone soulignent en effet que pendant l'absence de Nabonide il fut impossible de célébrer la fête du Nouvel An dans la capitale. Mais il ne faut sans doute pas négliger les rapports entre Nabonide et Bêl-šar-uṣur: vu les ambitions que l'on prête à celui-ci, il est très probable qu'il a favorisé, sinon même provoqué cette mise à l'écart du vieux roi dans une contrée très éloignée des centres vitaux de l'empire.

Le séjour en Arabie semble avoir de toute façon déclenché chez Nabonide un mysticisme latent, et l'on constate, à partir de son retour soudain à Babylone en 543, un changement spectaculaire dans sa politique. Un certain nombre de hauts administrateurs civils et religieux sont révoqués et remplacés par des gens présumés plus favorables à Nabonide. Celui-ci s'entoure d'un groupe restreint de fidèles et entreprend ce que l'on pourrait appeler une réforme religieuse, qui présente certaines affinités avec celle initiée par Akhenaton en Égypte, plusieurs siècles auparavant. Au panthéon babylonien traditionnel, il entreprend de substituer une figure presque monothéiste du dieu Sîn, conçu comme la divinité par excellence. Cette prise de position rencontre naturellement des résistances dans le clergé et dans la population et s'accompagne apparemment de troubles économiques. Il reste cependant difficile d'apprécier la réalité du conflit, puisqu'il n'est documenté que par des sources polémiques: les inscriptions de Nabonide lui-même qui présente ses sujets comme atteints de folie, et un pamphlet qui donne du roi une image extrêmement négative, mais qui a été rédigé après sa chute, et qui justifie a posteriori le changement de dynastie.

Quelles que soient les ambitions religieuses et politiques de Nabonide, il se trouve en effet confronté à un danger beaucoup plus menaçant avec l'unification des peuples iraniens réalisée par Cyrus, et le début des actions militaires qui conduisent à l'édification de l'Empire achéménide. Après avoir, dans un premier temps, sous-estimé le danger, Nabonide tente de le combattre en mettant son empire en état de défense (il rassemble ainsi à Babylone les statues des principales divinités de Babylonie pour leur éviter une possible saisie par les Perses) et en entreprenant de nouer des alliances avec d'autres États proche-orientaux, en particulier la Lydie de Crésus en Anatolie occidentale. Mais celui-ci est balayé par Cyrus, qui se retourne ensuite contre l'Empire babylonien. Une campagne militaire rapide aboutit à la défaite de l'armée de Nabonide. La capitale tombe presque immédiatement. Bêl-šar-uṣur est exécuté par les conquérants, mais les traditions divergent sur le sort réservé au vieux roi. Selon certaines il aurait subi le même sort que son fils, selon d'autres il aurait été envoyé en exil par Cyrus, administrer une ville de l'est de l'Empire achéménide et y aurait fini paisiblement ses jours.

Si Nabonide est le dernier véritable roi babylonien indépendant, l'empire, passé sous contrôle perse, garde ses limites territoriales pendant encore plus d'un demi-siècle, et sa structure administrative interne ne sera modifiée véritablement qu'à partir du règne de Darius Ier, au début du Ve siècle. L'une des conséquences les plus spectaculaires de la conquête de Cyrus, dans l'immédiat, fut l'autorisation donnée aux populations juives déportées en Babylonie du temps de Nabuchodonosor de regagner leur terre d'origine.

Bibliographie: P. A. BEAULIEU, The Reign of Nabonidus, King of Babylon 556-539 B.C, Yale, 1989. W. G. LAMBERT, « Nabonidus in Arabia », Seminar for Arabian Studies, Londres, 1972.

From: F. Joannès, « Nabonide », Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, 2001, p. 549-552.

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nabonidus.txt · Last modified: 2015/01/28 20:11 by gombert
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