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The Persian Empire

Introduction

Conquise en quelques semaines par Cyrus à la fin de l'année 539, la Babylonie fut pendant deux siècles l'une des provinces centrales de l'Empire achéménide (539-331). Après avoir pris possession de Babylone et envoyé Nabonide, le dernier roi de l'Empire néo-babylonien en exil, Cyrus ne modifia pas les structures politiques existantes, et l'ancien Empire néo-babylonien resta une entité propre, administrée d'abord par le propre fils du roi, Cambyse, puis par un gouverneur nommé Gubaru. Les archives des sanctuaires ne témoignent pas de modifications importantes dans l'administration locale ou dans la politique religieuse ni économique et les règnes de Cyrus et de Cambyse apparaissent en Babylonie comme une continuation directe de l'époque néo-babylonienne. Il faut noter cependant la mention sous Cambyse du système consistant à rétribuer un fonctionnaire par la mise à sa disposition d'une terre, le bît ritti. L'événement le plus marquant fut évidemment l'autorisation donnée par Cyrus aux Juifs qu'avait déportés Nabuchodonosor II en 587 de regagner leur pays, mais il est probable qu'une partie resta sur place, puisque la Babylonie fut pour longtemps le siège d'une forte communauté juive.

L'ensemble mésopotamien demeure solidement tenu tandis que l'Empire perse s'étend à l'est vers l'Asie centrale et l'Inde et vers l'ouest jusqu'en Égypte conquise par Cambyse. Mais la mort brutale de ce dernier et les troubles dynastiques qui s'ensuivent furent l'occasion d'une rébellion en 521 dont les chefs successifs, Nidinti-Bêl puis Araka, prirent le nom de règne de Nabuchodonosor (III, puis IV). Ils ne «régnèrent » pourtant que quelques mois et furent éliminés par celui qui allait devenir le véritable refondateur de l'empire, Darius Ier. Les réformes introduites par ce dernier afin de structurer l'empire eurent des conséquences en Babylonie: si jusqu'à la fin de son règne il y a toujours un seul gouverneur à la tête de l'ensemble constitué par la Mésopotamie et la Syrie-Palestine, les pouvoirs locaux traditionnels perdent une partie de leurs attributions en Babylonie, cependant que les grands sanctuaires traditionnels semblent souffrir d'une certaine désaffection de la part du souverain. Celui-ci introduit d'autre part une organisation militaire de type féodal en subordonnant la jouissance de certaines terres à la prestation d'un service civil et surtout militaire. C'est sous son règne que se développent véritablement les bît ritti (pour les fonctionnaires civils), bît qašti (domaine d'arc), bît sisî (domaine de cheval) et bît narkabti (domaine de char), qui sont censés fournir respectivement un archer, un cavalier ou un ensemble de char de guerre, pourvus de leur équipement et de leurs équipiers. La notion de « service dû au roi » se traduit par la fourniture d'un élément de l'armée et par le versement régulier d'une redevance en argent. L'emprise du pouvoir perse sur la Babylonie s'accompagne d'une politique active de mise en valeur de terres nouvelles, particulièrement en Babylonie centrale et dans la région de la Diyala et de l'installation de communautés de soldats étrangers implantés sur ces terres nouvelles.

La fin du règne de Darius Ier et le début de celui de Xerxès représentent un moment crucial pour la Babylonie : on constate en effet l'arrêt brutal de la majorité des archives privées à Babylone et à Borsippa et de celles des grands sanctuaires de Sippar et d'Uruk. Ce fait ne signifie pas la disparition du cunéiforme dans la rédaction des actes juridiques (des archives datant du règne de Xerxès et de ses successeurs ont été retrouvées à Babylone, Kiš, Nippur et Ur), mais il est peut-être à mettre en rapport avec l'aramaïsation croissante de cette partie de l'empire. Deux rébellions, celles de Bêl-šîmanni puis de Šamaš-erîba, interviennent pendant le règne de Xerxès mais ne durent que peu de temps. La répression qui suit ces révoltes fut sans doute beaucoup moins sévère que ne le laissent entendre certaines sources et le pillage de l'Esagil par Xerxès apparaît ainsi largement exagéré. C'est du règne de Xerxès qu'il faut probablement dater la séparation de la province d'Assyrie-Babylonie avec l'ensemble occidental qui devient l'Ebir nâri. Mais la Babylonie est désormais surtout un centre de production agricole et l'on y constate une certaine hausse du prix des produits agricoles de base, qui va se poursuivre jusque sous le règne d'Artaxerxès II. Les archives de la famille Murašû de Nippur, rédigées sous les règnes d'Artaxerxès Ier et de Darius II, sont notre principale source d'information pour le IVe siècle en Babylonie. On constate que le système des fiefs militaires est désormais devenu la règle, et que les anciens cadres locaux ont été réorganisés en nouveaux ensembles de type socioprofessionnel appelés haṭru, qui groupent aussi bien des communautés civiles que militaires. Celles-ci exploitent la majeure partie des terres agricoles, au profit de l'administration royale ou de la noblesse de cour qui en a reçu possession. Une forme de propriété privée subsiste cependant car l'on constate que les fiefs militaires, théoriquement non transmissibles, font l'objet de vente dans certaines régions. La situation économique de la Babylonie n'apparaît cependant pas toujours à la mesure des bénéfices qu'elle rapporte: dans la région de Nippur, le coût du matériel d'exploitation nécessaire à la production agricole fait que beaucoup de feudataires sont endettés, ou préfèrent confier l'exploitation de leur terre à des entrepreneurs comme les Murašû. Ceux-ci profitent en particulier des troubles dynastiques qui suivent la mort d'Artaxerxès Ier et qui entraînent un accroissement des prélèvements royaux pour prendre possession de nombre des terres de feudataires, ces derniers ne pouvant faire face à leurs obligations, et prendre à ferme une partie de la perception des taxes. Une réorganisation intervenue sous le règne de Darius II met un terme aux activités de la famille Murašû, et rend ses prérogatives à l'administration royale, mais ne change pas fondamentalement les données de la vie économique.

La présence en Babylonie de communautés étrangères au service de l'empire n'empêche pas le maintien de beaucoup des cadres de la civilisation mésopotamienne traditionnelle, comme en témoignent des textes économiques d'Uruk, d'Ur ou de Nippur ou des relevés d'observations astronomiques qui sont régulièrement enregistrés à cette époque. La ville de Babylone reste une des principales métropoles de l'Orient, siège du gouverneur de la province. L'ancien palais royal d'époque néo-babylonienne reçoit des aménagements architecturaux proprement perses, et la ville provoque l'admiration d'Hérodote dont on ne sait cependant s'il l'a réellement visitée.

Mais la Babylonie a perdu toute expression politique autonome: l'expédition rebelle de Cyrus le Jeune accompagné de ses mercenaires grecs prend fin sur son territoire sans que la population locale intervienne, et elle n'est jamais mêlée directement au conflit qui oppose l'empire du Grand Roi au monde grec. Peu connue sous les règnes d'Artaxerxès III et de ses successeurs, l'histoire de la Babylonie d'époque perse prend fin avec l'entrée d'Alexandre le Grand dans Babylone, peu de temps avant l'assassinat de Darius III et la fin officielle de l'Empire achéménide.

The King List

King Reign
Cyrus539-530
Cambyse530-522
Bardiya522
Nabuchodonosor III (Nidinti-Bêl)522
Nabuchodonosor IV (Araka)521
Darius Ier521-486
Xerxès486-465
Bêl-šîmanni4841)
Šamaš-erîba4842)
Artaxerxès Ier465-424
Darius II423-405
Artaxerxès II404-359
Artaxerxès III359-338
Arsès338-336
Darius III336-330

(en italique : rois non légitimes) * D'après C. Waerzeggers, « The Babylonian Revolts against Xerxes and the ‘End of Archives ». AfO, 50, 2003/2004, pp. 150-173.

Bibliographie: P. BRIANT, Histoire de l'Empire perse, Paris, 1996. M. STOLPER, Entrepreneurs and Empire, Istanbul, 1985.

From: F. Joannès, "Achéménides (rois)", Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, p. 1-4.

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1) , 2)
D'après C. Waerzeggers, « The Babylonian Revolts against Xerxes and the ‘End of Archives ». AfO, 50, 2003/2004, pp. 150-173.
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